La Couronnette
Barbara et Thierry Courvoisier
Povenets et le canal Belomorsk
Ce texte est écrit à Arkhangelsk où la marine russe nous retient depuis plusieurs jours pour des execices qui ferment la Mer Blanche et une grande partie de la mer de Barents à la navigation civile.

Vladimir nous avait donné le nom de Konstantin comme contact pour arriver à Povenets. Konstantin nous avait fait savoir qu’il ne serait pas sur place le jour de notre arrivée et nous avait donné Stanislas comme personne à contacter. Stanislas à son tour nous avait donné le nom de Alexei pour préparer notre arrivée. C’est donc d’Alexei que nous avons appris en arrivant de Kizhi que nous pourrions nous amarrer le long du grand quai marchand du “port”.  Port est en effet un grand mot pour décrire un long quai bordé de quelques bâtiments délabrés et sinistres au fond d’une baie grande ouverte sur le lac. C’est Alexei encore,  accompagné d’un personnage ventripotent,  qui nous avait encouragé de nous amarrer à couple d’un vieux patrouilleur, ce que nous avons fait après avoir examiné le lieu en détail. D’un contact à l’autre, nous n’avions aucune idée de qui était Alexei ou son acolyte, dont nous apprîmes qu’il s’appelle Dimitri.  Konstantin était attendu le lendemain de notre arrivée dans l’après-midi et devait nous donner les informations nécessaires pour parcourir le canal Belomorsk qui conduit du lac Onega à la Mer Blanche.  Nous devions donc attendre son arrivée, ce que nous ne craignions pas, devant faire quelques courses et voulant visiter un monument dans la région. Nous avons donc demandé un numéro de téléphone pour obtenir un taxi et aller dans la ville voisine, Medvegiegorsk, et sur le lieu du monument. Numéro que de toute évidence Alexei et Dimitri ne voulaient pas donner, préférant servir d’intermédiaire. Mais le matin, c’est Dimitri qui est arrivé au volant de sa voiture, nous disant qu’aucun taxi n’était prêt ou disponible pour notre course qui manquait à leurs yeux de précision.

Nous sommes partis avec lui pour le site d’un mémorial dédié aux victimes de la répression Stalinienne qui furent fusillé sur ce lieu en 1937 et 1938. Des dizaines de milliers de prisonniers furent emmenés dans la campagne et tués par groupes, mis en terre dans des fosses communes dont les affaissements sont toujours visibles. Dans les années 1990 les archives de l’Etat furent accessibles et le nom de milliers de victimes rendus publics. Nombre de familles ont alors placardé une photo contre un arbre ou posé une croix sobre dans la forêt. Ces témoignages  font échos aux textes tel “Le Météorologue” de Olivier Rolin. On distingue le gâchis énorme que fut cette répression sans sens autre que de purger la population de soi-disant ennemis du peuple, alors même que nombre d’entre eux n’avait que l’idéal de la révolution, le bien commun et l’évolution de la société comme but.  Il y a aussi sur place quelques monuments érigés par des communautés, les Polonais par exemple, pour rendre hommage à “leurs” victimes  tombées là. Ces stèles ont une présence lourde, et  ne sont pas dénuées de  sous-entendus politiques. Il s’agit non seulement de rendre hommage à un ensemble de victimes, mais aussi de stigmatiser les Russes comme bourreaux de communautés entières. La légitimité de cette démarche n’est pas évidente, les victimes ayant été de toutes origines, mais surtout russes, et cette répression n’ayant pas  été dirigée  spécifiquement contre une ou l’autre communauté. La coloration politique moderne de ces monuments n’est pas sans déranger nos hôtes et guides locaux.


Une petite partie du mémorial de Povenets


Un souvenir des fusillés de 1937-38

En déjeunant avec Dimitri après cette visite, nous avons appris que Alexei, lui et un troisième comparse habitent et travaillent dans le domaine immobilier à Saint-Petersbourg, mais  louent le port de Povenets, en fait le quai, pour quelques 150.- Euros par mois, et peuvent en faire ce qu’ils veulent. C’est donc eux qui qui organisent le déchargement de gravier du vraquier dont nous sommes le voisin. Gravier qui repart ensuite par camion pour servir à la construction de routes dans la région. C’est aussi eux qui établissent le barème des coûts que nous encourrons et encaissent les sommes correspondantes.  Ils n’ont aucune idée de ce qu’est un bateau, mais comptent  avec rigueur les camions qui emportent le gravier, c’est là de toute évidence la mesure utilisée pour facturer l’usage du quai.

Dimitri avait suggéré que nous achetions de la viande pour un gril pendant nos courses. Nous nous sommes pliés à cette requête, tout en nous demandant où un gril pourrait bien se trouver sur ce quai dénué de toute facilité dans un vent glacial et par une petite pluie désagréable. Mais en sortant de notre bateau le soir, nous avons trouvé Alexei et Dimitri s’activant autour d’un bac métallique qu’ils avaient rempli de charbon de bois. Nous nous sommes donc armés de bière et quelque peu réchauffés à la chaleur du gril avant de manger des brochettes debout sur le quai. Pendant tout ce temps, Konstantin faisait  régulièrement savoir par téléphone qu’il était en train d’arriver. Ce n’est que vers 23h qu’il a fait une entrée un peu théâtrale sur la scène.  Konstantin  est un grand personnage massif, qui avait été sportif, il a le verbe haut et continu, et était accompagné d’une épouse aussi discrète qu’il prenait de la place. Konstantin  amenait des saucisses et de la vodka, le feu fut donc ranimé pour une seconde partie de gril.


Barbecue sur le quai de Povenets

Notre visite de la région nous semblait largement suffire à satisfaire notre curiosité et nous avions décidé de partir après avoir entendu Konstantin nous décrire la marche à suivre dans le canal.  Notre programme ne convenait par contre pas du tout  à notre vis-à-vis qui tenait à nous faire voir encore une ancienne gare et un fort construit par les finlandais au début des années 1940 alors qu’ils occupaient la région dans le granite surplombant Medvegiegorsk et d’où la vue sur la ville et le lac est très belle. Pas question de partir encore après ces visites, il était indispensable de passer par son “bagna”, le sauna russe. L’après-midi s’est donc écoulée et transformée en soirée dans le bagna tout d’abord et autour de la table ensuite avec force bière et vodka. Konstantin, toujours très présent dans la conversation, est responsable de la sécurité maritime dans une grande zone qui inclut le canal. Ses préoccupations et sa connaissance de la navigation, il a été longtemps capitaine de cargos en Union Soviétique, en Russie et ailleurs,  lui donnent un point de vue intéressant sur l’ouverture de la Russie, l’évolution nécessaire de sa législation du système soviétique à un ensemble moderne et sur l’action du gouvernement. Comme beaucoup d’autres personnes rencontrées, il souligne la distance entre les préoccupations du gouvernement central  moscovite et la vie des citoyens. Il se plaint de l’incurie  locale, en particulier en matière de distribution et d’épuration des eaux. Son discours m’a rappelé une scène vue à Petrozavodsk où un camion citerne  aux robinets duquel des secrétaires du ministère voisin venaient remplir les bouilloires des bureaux. Il est aussi vrai que nous avons plus de peine à nous approvisionner en eau qu’en fuel. Konstantin regarde aussi avec scepticisme l’action d’Alexei, Dimitri et leur partenaire à Povenets. Faire transborder quelques vraquiers sur le quai apporte bien un peu d’activité.  Mais  si intéressantes  de telles initiatives peuvent être pour faire revivre tant soi peu une région, elles  sont sans dessein, sans vision et ne servent en fait qu’à apporter quelques devises dans les poches de personnages  fort éloignés de la région et de ses besoins. On est loin encore d’une réflexion sur l’avenir de toute la région.

Konstantin se voit en artisant   de la réforme du système. Il utilise notre présence pour souligner dans son administration la nécessité d’une certaine ouverture envers les étrangers, animaux mal connus ici.  Il a donc proposé à  un collaborateur de se joindre à nous en fin de soirée. Quelques verres plus loin, nous avons enfin commandé un taxi pour rentrer à bord passer le reste de la nuit avant de quitter notre quai et de pénétrer dans la première écluse du canal.


Cérès dans une écluse du canal Belomorsk


Poste de travail des éclusiers

Nous serons trois jours sur le canal de Belomorsk. Trois jours pour passer quelques 19 écluses, dont 16 faites de deux chambres, et parcourir quelques 200km dans une forêt dense sur des canaux étroits ou de grands lacs formés par inondation de régions entières. Tout ce travail a été fait par les forçats du système de répression stalinien du début des années 1930 sans explosif, à la main dans des conditions effroyables. Ces circonstances nous remontent à l’esprit chaque fois que nous voyons la roche nue travaillée, sur le seuil des écluses par exemple. La nature des lacs nous est rappelée en remontant notre ancre après la seconde nuit. Elle vient avec la souche d’un arbre, ses racines et le reste de végétation l’entourant. Nous avions mouillé dans une forêt. Une autre fois, nous savons que nous longeons  une ligne de chemin de fer en voyant une tour d’approvisionnement en eau pour les locomotives à vapeur de l’époque (un vrai décor pour de nouvelles aventures du club des cinq). Très peu de traces humaines le long de ce chemin, un remorqueur poussif tirant un chaland, un petit cargo et un voilier russe revenant du tour de la Scandinavie dans le sens inverse du nôtre sont à peu près les seuls signes de vie humaine, hormis les militaires armés surveillant les écluses et les éclusiers que nous contactons régulièrement par radio, en russe, grâce à Masha. A en croire les barbelés et soldats, le canal a une haute valeur stratégique. Par contre l’absence presque totale de traffic nous fait nous demander quelle peut bien être cette importance.


Réservoir d'eau pour locomotives à vapeur

Un pont ferroviaire devant s’ouvrir pour nous laisser passer  traverse le canal après l’avant dernière écluse, juste avant que nous devions nous arrêter pour faire les formalités de sortie du système des eaux intérieures et entrer dans l’espace marin de la Mer Blanche. Ce pont ne peut s’ouvrir qu’entre 16h et 18h en semaine et seulement si le vent ne dépasse pas 13 Noeuds. Il nous est demandé de passer l’écluse et de nous amarrer entre elle et le pont pour attendre. Tout un programme, la seule possibilité d’amarrage étant un plot de béton de 5mx5mx5m brodant le canal. Le plot n’a pas d’échelle. Il a donc fallu donc obtenir l’autorisation des soldats gardant l’écluse pour que Nicolas  rejoigne le plot à pied, puis penser un système pour stabiliser Cérès dans un fort vent contre le plot en question. Il fallait aussi prévoir de pouvoir partir, en sachant qu’une fois l’échelle que nous avons fixée sur le plot  démontée, il nous sera impossible de remonter. Nous sommes un peu soucieux de devoir passer là 27h en espérant que le vent faiblisse le lendemain. A 16:30 la radio nous annonce que le pont pourra s’ouvrir et nous détricotons avec succès l’amarrage que nous avions imaginé et passons le pont à grande vitesse avant de rejoindre le quai près duquel les bureaux des autorités sont localisés. Un grand quai de béton servant de décharge publique nous accueille au milieu d’une zone de terrains vagues sur laquelle des enfants jouent. Nous y passeront deux jours.


Pont ferroviaire avant d'accéder à Belomorsk


Cérès attendant l'ouverture du pont


Quai à Belomorsk

Heureux de retrouver des habitations nous appelons un taxi après avoir fait les premières formalités. Lorsque Masha demande au chauffeur de nous déposer au centre de Belomorsk, il rigole en répondant qu’il n’y a pas de centre, juste un hôtel qui sert aussi de restaurant au bord de quelques mètres de quai aménagé le long d’une rivière. La ville est dévastée par l’inactivité. Les routes délabrées les bâtiments en ruine pour la plupart. Le restaurant accueillant, par contre, nous propose un dîner confortable avant de rejoindre notre terrain vague pour la nuit. Barbara, Masha et Nicolas retournent en ville le lendemain pour faire des courses et visiter un petit musée pendant que je prépare la suite de notre navigation sur les cartes de la Mer Blanche.


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RobertBeize
04/01/2017 23:50:04
You Need To Stretch Before You Begin Any Fitness Routine
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Jean-Claude Pilet
30/08/2016 17:38:35
En voilà une aventure
Je lis avec assiduité vos récits qui sont chaque fois passionnants.
La météo me rappelle certaines du Danemark ou de l'Irlande!
Pour moi j'ai eu l'extrême chance d'avoir été invité en dernière minute par le propriétaire de l'Altair,goélette de 39 m construite par William Fife en l931! Nous avons caboté entre les îles de la Croatie durant une semaine.
En espérant que la vodka vous réchauffe le soir, que la cohabitation se passe bien et que les militaires vous laissent passer, je vous souhaite bon vent.
Amitiés.
JC
Ilse Bourgain- amie de Catherine Kuhn.
22/08/2016 20:29:58
Que j'aurais aimé être des vôtres.
Mais merci d'illustrer 'Le Météorologue'. Avec les péripéties en plus.
Vous êtes si passionnant que je suivrai tous vos autres voyages. Merci , mille fois merci pour ces délicieux moments.
3 Nbre d'éléments en tout
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