La Couronnette
Barbara et Thierry Courvoisier
Le lac Ladoga
Quelques jours sur le plus grand lac d'Europe.



Nous sommes partis de Schlisselburg le 22 juillet à 7h. La nuit avait été venteuse et relativement claire, mais un  brouillard épais s’est installé au moment où nous larguions les amarres. La visibilité est devenue terriblement limitée, mais juste suffisante pour suivre le chenal. La Neva, d’où nous venions,  sort à cet endroit du lac Ladoga, sur lequel nous partions. Le courant est fort (et contraire pour nous) à cet endroit, 4N (7km/h), alors que notre vitesse au moteur est de 6N (environ 10 km/h). La marge de progression, 2N, est donc  faible, mais nous a permis de longer la citadelle de Orechek et, lentement,  de nous engager dans la grisaille du  lac. Le vent n’a pas fléchi et s’est résolument orienté  pour venir de la direction dans laquelle nous voulions avancer pour rejoindre Konevets. Nous sommes arrivés treize longues heures plus tard après avoir avancé au moteur et en tirant des bords sur un lac gris, sous un ciel gris et froid en devinant de temps en temps une côte grise elle aussi. Seuls les derniers vingt milles (35km), 3h30 de route, furent parcourus avec un vent qui nous permettait de faire route directement vers le but.

Le but: une longue plage au sud de l’île de Konovets qui nous protégeait très bien des vents du nord  soufflant alors, une forêt dense surmontée les bulbes bleus clairs du monastère de Konevets, seules taches de couleur  dans la brume et la grisaille ambiante. Nous avons mouillé notre ancre, dîné et sommes allés dormir. Le lendemain, après  avoir préparé l’annexe et rejoint la plage, nous sommes partis explorer le monastère. Les femmes doivent s’habiller de jupes et se couvrir la tête, les hommes être habillés de pantalons longs. L’église du monastère se compose de deux étages: Un rez-de-chaussée, auquel des fenêtres de verre jaune donnent une lumière dorée, très chargé d’une iconographie riche, chaque image  enchâssée dans des cadres dorés aussi; et un premier étage, plus imposant, dont les nombreuses fresques sont très défraichies. Une longue liturgie se déroulait dans ce sanctuaire animée par des chants entonnés par les moines et prélats officiants. Les voix étaient superbes, l’encens répandu généreusement par des hommes habillés de chasubles richement colorées, dorées et ornées. La hiérarchie entre les officiants était claire, même sans que leurs rôles respectifs nous soient compréhensibles. Une assemblé nombreuse, féminine pour la grande majorité, débarquée par des bateaux de l’armée peu auparavant, assistait à l’office.


Arrivée à Kovenets

Après cette visite du monastère, promenade dans la forêt de pin qui recouvre l’île et dont le sol était couvert de myrtilles. Retour au bateau, puis re-balade pour certains, histoire de cueillir le dessert du soir. Le temps s’était considérablement amélioré dans la journée et la nuit suivante fut paisible sur notre ancre.


Kovenets vu de la forêt

Le lendemain, le 24 juillet, nous sommes partis sous le soleil pour rejoindre des amis de Nicolas qui campent sur un rivage du nord du lac Ladoga. Ils sont devant une petite crique où, par beau temps, il est possible de mouiller pour une nuit. 50M (90km), 8h, de belle navigation sous le soleil nous y ont menés. Le campement est improbable vu de nos yeux. Une vingtaine de personnes de quelques mois à plus de quatre-vingt ans, y séjournent dans des tentes sous les arbres.  Un bureau, une estrade protégée de bâches sur laquelle une multitude d’ordinateurs attendent que leurs propriétaires continuent leur travail, en est un élément clef. Un feu de bois pour la cuisine. Pas de frigo, la bière est chaude. Cette escapade non programmée à l’avance a rendu les autorités quelque peu nerveuses, le téléphone et la radio se relayaient pour s’enquérir de notre position et de nos projets. Une vue magnifique sur des îles et la côte se découvrait depuis le promontoire surplombant le camp, pas de village, ni de route, ni d’habitations en vue. En fait, il faut pour arriver au lieu de campement parcourir une dizaine de kilomètres en bateau, ou en kayak pour les campeurs, y compris pour la dame de 85 ans, auxquels nous rendions visite.


Quelques campeurs à bord de Cérès


Le bureau du camp


Dépôt de poussetes sur fond des berges du lac.

Départ de ce campement le 25 pour Valaam, un autre monastère, célèbre celui-ci. Une courte navigation pour rejoindre l’île et le fjord qui mène devant le monastère où nous avons mouillé notre ancre suivant à peu près les instructions d’un officiel qui n’avait qu’une idée approximative des exigences d’un mouillage pour un bateau. Il faut dire que là, comme ailleurs, nous sommes à peu près les seuls de notre espèce. Notre progression lente le long du fjord étroit et peu profond n’avait pas été du goût du capitaine d’un hydroglisseur entré derrière nous. Il a réclamé bruyamment et en russe par haut-parleur que nous nous écartions de sa route.

Le monastère est blanc, recouvert de bulbes bleus clairs. Magnifique dans la lumière du soir. Premier tour sur place après notre arrivée. De nouveau une église sur deux étages, de nouveau une liturgie en haut avec des voix superbes, mais sans que les officiants ne soient visibles, cachés qu’ils étaient par l’iconostase. Il m’a traversé la tête que les chants auraient pu être enregistrés, pensée que j’ai aussi tôt chassée de mon esprit chagrin. Notre ancrage n’ayant pas été tout à fait placé selon mes critères, je me suis relevé souvent pendant la nuit pour constater que tout allait bien, ce qui m’a donné l’occasion d’admirer le monastère  et son environnement dans toutes les lumières de la nuit. Une petite chapelle le long de la forêt était dominée d’un bulbe doré qui brillait contre le sombre de la lisière. Dans la lumière crue de la matinée, le blanc et bleu du monastère paraissait un peu moins majestueux et  faisait plutôt penser à un gâteau d’anniversaire de petit garçon: de la crème et une glaçure bleue d’un goût un peu douteux.  Visite du monastère à nouveau le matin, achat de pain fait par les moines, fort bon, et  longue promenade ensuite le long du fjord pour rejoindre une autre église non moins colorée. Puis excursion en annexe sur les affluents du fjord.


Valaam vu du mouillage


Le monastère de Valaam

Les femmes doivent se couvrir la tête pour pénétrer dans une église. Partout. Répéter se geste plusieurs fois au fil des jours nous a fait réaliser qu’il n’est pas innocent. Se couvrir le chef est un acte de soumission, particulièrement souligné par le fait que seules les femmes y sont contraintes. Les hommes gardent le chef découvert, la tête haute. Ce sont les hommes aussi qui portent la responsabilité des liturgies, et de l’église en général. Tous ces éléments expriment une société à vitesse différenciée entre hommes et femmes. Une constatation que l’on retrouve dans les fastes romains et leurs émanations locales et qui n’est pas sans résonner avec les discussions  qui animent nos sociétés autour de l’islam. 

Les moines que nous croisions autour des monastères avaient souvent le teint un peu jaunâtre et la mine austère. Je ne trouvais pas dans leurs yeux d’étincelle testifiant d’une vie intérieure intense, mais peut-être que ces états d’âme ne sont pas perceptibles.  Plus prosaiquement, on ne peut s’empêcher de penser en les voyant travailler qu’ils forment une main d’oeuvre très bon marché et toute dévouée à la splendeur de leur Eglise.  Leurs regards ne croisaient jamais les nôtres, aucune curiosité pour l’étranger dans leur attitude. Masha, introduite come Maria plus haut dans ce récit, une jeune femme urbaine d’Arkhangelsk ne se reconnaît nullement  dans la Russie des monastères que nous avons visités ces derniers jours. Ils lui sont, nous a-t-elle dit, aussi étrangers qu’à nous.

Notre route continuait par  une longue navigation pour rejoindre le sud du lac Ladoga et l’entrée de la rivière Svir qui s’y jette. Nous sommes partis le soir vers 22h de Valaam. Le soleil glissait derrière les arbres bordant le fjord. Après avoir regardé la météo, nous attendions une nuit calme et sans vent, des heures de moteur. Ce ne fut pas le cas. Après avoir longé Valaam et les îles formant son archipel, nous avons mis cap au sud-est. Le vent s’est orienté sud-sud-ouest, 10 N (un peu moins de 20km/h), parfait pour une navigation rapide et superbe. Nous sommes arrivé à l’embouchure de la rivière vers midi pour commencer une remontée de la rivière qui durera de 4 jours dans la forêt. Mais c’est là un chapitre prochain.


En quittant Valaam dans la lumière du soir
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janine B
04/08/2016 18:09:37
Valaam
Quelles merveilleuses photos celles par exemple de St-Petersbourg la nuit, du lac Ladoga et celles de Valaam. Dans un documentaire que je viens de voir sur l'île de Valaam, les moines n'apprécient pas les vagues de touristes et pèlerins d'été et retrouvent leur sérénité (et leur sourire) en hiver dans la neige. Merci de nous faire parcourir avec vous ce magnifique voyage
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