La Couronnette
Barbara et Thierry Courvoisier
De Schliesselburg
Un peu plus de tourisme et moins de navigation

Lovisa est une toute petite ville au fond d’un fjord qui vécut longtemps de construction navale. Un petit musée retrace cette histoire au fil du XIXéme surtout. Les pavillons qui flottent à la poupe des bateaux représentés sur des toiles puis des photos indiquent que la région fut longtemps russe, ce que confirme Wikipedia. Il reste de la ville une rue  bordée de maisons de bois et quelques pontons au bout de l’un desquels nous avons amarré Cérès sur suffisamment d’eau. Les quelques bistrots que nous avons vus en ville, autour d’une place de proportions superbes,  ne nous disant rien, c’est à bord que nous dinâmes, fort bien. La centrale nucléaire la plus ancienne d’Europe, je crois, se trouve au sud-est de la ville, sur la route de Kotka.

Encore en Finlande, mais plus à l’est, Kotka. Une autre bonne surprise. La ville abrite un parc national urbain, nom un peu prétentieux pour désigner un jardin botanique fort bien mis en scène. C’est de là que nous sommes partis vers la sortie de l’Union Européenne et le fond du Golfe de Finlande.

Saint-Petersbourg est immense, elle croule sous les touristes venus de partout, mais surtout de Russie. Pierre Ier y est omniprésent. Grâce à Dmitry et Tamara Nagirner nous avons visité l’université, mais surtout assisté à une représentation du Lac des Cygnes. Hyper classique et très attendu,mais quel plaisir. La musique était jouée avec enthousiasme et les danseurs virtuoses à souhait.

Nous avions rencontré Tamara et Dmitry en 1990 lors de la précédente visite de Barbara à Saint-Petersbourg. Nous avions passé lors de ce séjour une soirée à Moscou en compagnie du secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de la RDA venu de Berlin pour signer le traité qui mettait fin à l’existence de la RDA, Helmut Domke. Helmut est un physicien, d’où la connection avec mes collègues russes. Helmut faisait alors partie de l’équipe qui avait dû prendre la responsabilité de la DDR après l’effondrement du régime communiste. Il était frappant d’entendre Helmut à l’époque parler des valeurs que leur mouvement pouvait apporter à l’Allemagne et à l’Europe, mais prévoir aussi que ces valeurs seraient écrasées par le capitalisme libéral triomphant. Vingt cinq ans plus tard, Helmut était à Saint-Petersbourg avec Tamara et Dmitry en même temps que nous. Nous avons à nouveau   passé une soirée ave lui et constaté que sa vision de l’époque était juste. Il l’exprime maintenant en disant que ce fut une superbe occasion ratée d’enrichir la réflexion sur nos modèles de sociétés. Le libéralisme tout puissant qui régit nos activités maintenant souffre, je crois en effet, de graves tares. Nous ne résoudront pas les problèmes d’inégalités sociales, de tensions inter communautés ou les questions énergétiques et climatiques avec uniquement les outils du “marché”. La discussion que nous avons en Suisse à propos des barrages et de leur rentabilité en est une illustration. Nous ne pouvons pas nous faire une politique en matière d’énergie hydro-électrique en ne prenant en considération que le prix immédiat de l’énergie.


Après-midi dans le cockpit à Saint-Petersbourg. Vivant.

Notre temps à saint-Petersbourg fut aussi animé par les amis de Nicolas, une belle équipe qui s’organise des activités plus ou moins extrêmes, toujours sportives, avec beaucoup de sérieux et de compétences. Nous avons profité de leurs connaissances locales et de leur voiture pour faire un avitaillement conséquent, car nous ne pensons pas trouver de  magasin partout. Ils campent maintenant au nord du lac Ladoga et, si la météo et les autorités sont de notre côté, nous devrions pouvoir les rejoindre et passer une nuit devant leur campement.

Nous étions donc fin prêts pour quitter Saint-Petersbourg hier matin, le 20 juillet. Le temps était clément, la nuit relativement claire. Un pilote, imposé par les autorités portuaires, mais bienvenu pour la traversée de la ville, nous a rejoint à 00h30 du matin. Nous avons quitté le port à 01h15 pour être devant le premier  pont sur la Petite Neva à son ouverture à 02h. Remonter la Neva tous ponts levés devant les palais de la ville fut somptueux. Le pilote, Mikhail, parlait suffisamment d’anglais pour les directives de navigation et Masha traduisait les conversations plus étoffées. Nous l’avons laissé après avoir passé sept ponts. Il en restait deux plus haut sur le fleuve. Nous sommes arrivés quelques heures plus tard devant le premier des deux, avons pris contact radio, grâce à Masha, avec le contrôle du traffic qui nous a demandé d’attendre quelques heures encore ancrés le long du fleuve, ce que nous avons fait, nous permettant quelque repos. Le temps s’est ensuite considérablement dégradé, vent dans le nez de 25N (force 6) et puissant courant. Le passage du dernier pont, pour lequel le trafic sur une autoroute a été interrompu au moins une demi heure pour nous laisser passer (nous étions le seul bateau), fut lent et laborieux, tant notre vitesse sur le fond était faible.


Palais de nuit le long de la Neva



Dernier pont de la ville. Le jour se lève.


Passage sous un pont de chemin de fer.

Arriver à Schliesselbourg dans ces conditions était difficile. Pas de plan de port, pas d’indications, un courant très fort et beaucoup de vent ne rendent pas l’approche confortable. Les indications données par radio nous ont cependant permis d’avancer et de repérer finalement une barge surmontée d’une grande grue à laquelle on nous avait dit pouvoir nous amarrer.  Ce que nous avons fait après avoir garni notre bordage d’une solide rangée de défenses. La soirée s’est finie avec une fondue amenée par Nicolas et d’une longe nuit.


Cérès le long d'une barge à Schliessburg

Ce matin visite de la citadelle d’Oreschek dans le fleuve devant la ville. Elle fut citadelle et prison depuis le Moyen-âge. La prison a abrité des milliers d’anonymes et moins anonymes parmi lesquels le frère de Lénine ou Bakounine. La citadelle a résisté aux allemands pendant la seconde guerre mondiale et fut un des endroits clefs pour la survie de Leningrad. Un monument le rappelle. Une occasion pour nous de ne pas oublier la contribution soviétique à la résistance européenne contre le nazisme.


La citadelle d'Oreschek devant Schliesselburg

Le monument qui rappelle la résistance aux Allemands pendant la seconde guerre mondiale.

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Christiane
26/07/2016 20:34:47
Le lac des Cygnes et les Coucous en mer....bref, une histoire de vilains petits canards et de drôles d'oiseaux....
Pour l'instant, je reste bouche bée (et vous savez combien il en faut pour que je me taise...), devant le récit de votre navigation, la richesse historique évoquée par les superbes photos de Barbara et les récits que tu en fais, Thierry. A voir et à lire, et partie comme elle est, il me semble que cette croisière-ci devrait être la plus surprenante et intense que vous ayez vécu jusqu'ici, en terme d'expérience humaine et de rencontre avec un monde proche et pourtant si différent du nôtre....Nos problèmes politiques et de sociétés me paraissent dérisoires par rapport à ceux de la Russie, bien que des parallèles, concernant la manipulation et l'arrogance de nos gouvernements et des milieux économiques (mais en fait, ce sont les mêmes....) notamment en matière d'économie et d'environnement, puissent aisément, hélas se faire, comme d'ailleurs pour tous les pays fortement industrialisés. En d'autres termes, il semble bien qu'il va couler et passer encore beaucoup d'eau et de bateau sous les ponts soviétiques comme sous les autres avant que le terrien lambda puisse naviguer en eaux calmes plutôt qu'en eaux troubles....comme dirait Cérès accostée le long de celle de Schlisselburg : " c'est barge...!!!!".
En attendant la suite et en me réjouissant de la lire, je souhaite que l'équipage garde, comme il semble très bien le faire, le moral au beau fixe, que la météo vous soit clémente, les vents favorables et les ris à la golade.....(ben oui, pour ceux qui n'auraient pas compris, c'est délicieux, les ris...golades, ou rigolades, selon la célèbre recette de Madame de la Cour.....).
Allez, nasdrovié, balalaïka, chapka et chocolat de chez Pouchkine.......et pour les difficiles moments, le mistral provençal vous amène des gros bisous réconfortants de votre navigatrice nulle préférée.....
Christiane, surnommée Baby depuis quelques temps par un homme qu'elle trouve ma foi et pour l'instant, charmant.....
Den
21/07/2016 22:15:23
Saint petersbourg la nuit
Enfin une petite image facile à recopier. Mais ce que je veux dire c'est que c'est si magnifique de partager quelques-unes de vos visions là-bas si loin mais tout de suite accessibles ici. Merci.
2 Nbre d'éléments en tout
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