La Couronnette
Barbara et Thierry Courvoisier
Le nord de La Norvège
De Kirkenes à Tromsoe

Il était évident en nous réveillant après quelques heures de sommeil à Kirkenes que l’été était fini. Non seulement la température était de quelques 5 degrés, mais encore tous les bouleaux étaient roux. Le temps était maussade sans être mauvais, mais cela ne durerait pas, une nouvelle dépression était annoncée pour le lendemain. Notre ponton étant exposé aux vents de secteur nord annoncés, nous nous sommes déplacés derrière un doigt protecteur pour laisser passer le pire de cet épisode. Serguei, un ami de Nicolas nous a rejoint et nous accompagnera jusqu’à Tromsoe.


L'automne est arrivé à Kirkenes que nous quittons en direction de Vardoe.

Il y a à Kirkenes un musée d’histoire et de civilisation Sami qui défie toute théorie muséologique.  On y trouve devant  chacune des quelques quinze  sujets présentés un classeur contenant un texte de 2 ou trois pages en plusieurs langues.  Une telle pléthore d’écrits décourage normalement le visiteur qui passe son chemin en regardant distraitement l’exposition. Pas ici. Les textes sont tellement bien écrits que le visiteur est accroché et fini par les lire tous in extenso. On y apprend comment les Samis, qui vivaient dans tout le nord de la péninsule scandinave, suivaient les troupeaux de rennes dans leurs migrations et tiraient de ces animaux l’essentiel de leur subsistance. On comprend que ce mode de vie fut détruit par l’introduction de nations avec leurs frontières et douanes à la fin du XIXème. Suivre  la transhumance des troupeaux  était devenu impossible ou trop onéreux  à cause des règlements et des taxes, dont les lointains auteurs, moscovites, suédois, finlandais ou norvégiens, n’intégraient aucunement les particularités de ces régions  peu peuplées. On lit encore dans ce musée les souffrances de tous, pas seulement des vainqueurs, lors de la seconde guerre mondiale et dans la période qui lui fit immédiatement suite. Nous sommes restés des heures.


Le phare à l'entrée du fjord menant à Kirkenes


Serguei à bord


Cérès sous spi dans la mer de Barents

Les étapes que nous avions devant nous étaient la dernière difficulté de notre croisière, mais aussi le dernier “highlight”. Les côtes du nord de la Norvège sont sauvages et peu hospitalières. La région de l’extrême nord du continent, le Finnmark, est caractérisée par  de longues falaises abruptes dans les abords desquelles la mer est souvent dangereuse, préviennent les cartes et instructions nautiques. Il y a quelques ports, certains dans le fond de fjords, d’autre protégés par d’imposants systèmes de digues, témoins de la violence des éléments. L’automne, n’est plus une période pour naviguer là-bas. Nous avons donc prêté une attention toute particulière au suivi des prévisions météo et passé d’un port au suivant en profitant d’intervalles entre les perturbations. Nous avons ainsi visité Vardo après avoir traversé le fjord de Varanger en suivant le bateau poste Hurtigruten, Berlevag et Mehamn.


La côte du Finnmark

Le câble qui commande les gaz de notre moteur a cédé au moment de quitter cet abri. Dans l’impossibilité de faire réparer sur place, nous avons fait une réparation de fortune et nous nous sommes rendus à honningsvag, petite ville et port  au sud de l’île sur laquelle se trouve le Cap Nord,  où nous avons trouvé le matériel nécessaire à une réparation définitive et un mécanicien efficace.  Nous avions viré entre Mehamn et Honningsvag  le point le plus nord du continent européen, le Nordkinn, dans un vent vigoureux, sous un nuage gris et bas et dans un froid certain. Les couleurs, vert acide, jaune, noir et gris, donnaient aux falaises sans arbres  de ce cap un aspect dur et primitif, violent. Le nom de Dante vient à l’esprit sur ces eaux, plus que celui de Wagner;  il n’y a pas de place pour le romantisme ici, seulement la rudesse nue d’une nature dépouillée de ses charmes et de tout confort pour les humains.


Virer le Nordkinn dans la brise

La réparation faite nous avons poursuivi notre route, au sud-ouest, nous éloignant lentement de l’extrémité nord de notre continent. En arrivant à Hammerfest, nous avons rejoins la côte le long de laquelle Barbara et moi avions navigué au retour du Spitzberg. Nous avons désormais navigué le long de toute la côte norvégienne, de sa frontière suédoise à sa frontière russe. Nous avons aussi fait le tour de la péninsule scandinave. A ma connaissance, nous sommes le deuxième bateau suisse, après Chamade, à avoir accompli cette navigation, le premier dans le sens trigonométrique.


Cascade le long du chemin

Nous nous sommes encore arrêtés à Haswik et à Skervoy sur le chemin de Tromsoe. C’est à Skervoy, dernière étape avant Tromsoe, que nous avons vu les premiers bateaux en croisière depuis le voilier russe vu dans l’archipel des Solovki. La pêche est florissante dans tout le nord de la Norvège. Si petit soient  les villages dans lesquelles nous avons passé une ou deux nuits, les ports étaient toujours animés par les mouvements des pêcheurs et par les industries de traitement du poisson présentes partout et de toute évidence prospères. Une partie de cette prospérité est due au crabe royal, un grand crabe originaire du Kamchatka volontairement établi dans la région de Mourmansk il y a quelques décennies. Ce crabe, dont la chère est excellente, colonise toute la région et détruit largement les fonds marins qu’il habite. C’est en même temps un apport important pour l’économie des régions limitrophes de la mer de Barents et une calamité. Les règlements traitant de sa pêche sont en conséquence un peu schizophrénique. Bien que dangereux à long terme pour toute la région,  il y a des quotas pour limiter les prises  et garder des prix élevés.


Pêche et parres-avalanches à Mehamn


Ferry à Haswick

Haswik est un tout petit endroit au sud ouest de la grande île de Soroya. Loin de tout.  La pêche y est aussi présente qu’ailleurs, mais on y trouve aussi un Libanais installé depuis une vingtaine d’années après avoir vécu et travaillé à Ardon, en Valais. Il a développé un tourisme de pêche aux gros poissons de la région, flétan, morue, poisson chat, qui connait un succès certain. Ses clients arrivent en avion, parfois privé, il leur met un bateau à disposition et leur loue une chambre ou un chalet. Nombre de maisons du village font partie de son système. Son café est le seul de toute la région dans lequel nous avons vu du monde.


Une des lumières du nord, entre Skervoy et Tromsoe


Et quelques nuages.

Nous sommes arrivés à Tromsoe le 7 septembre, un jour plus tôt que nous ne l’avions prévu il y a des mois. Le premier bateau aperçu dans le port est “Makoré”. Makoré était propriété d’un couple avec lequel nous avons navigué en 2008 au Spitzberg puis revu au îles du Cap Vert où ses propriétaires ont largué nos amarres quand nous sommes partis pour traverser l’Atlantique et encore en Bretagne. Makoré a changé de propriétaires, mais c’est un plaisir de revoir ce bateau original.


Heureux d'arriver


Cérès et Makoré se sont retrouvés à Tromsoe.

Serguei et Nicolas sont repartis, l’un pour Saint-Petersbourg, l’autre pour Rolle. Barbara et moi vivrons ici quelques mois entrecoupés de séjours en Suisse et ailleurs. J’ai un poste de professeur invité à l’université de Tromsoe. Barbara se préoccupe de trouver quelques occupations dans le tourisme germanophone. Le bateau est bien amarré au centre de la ville, mais il faut nous occuper de l’isoler thermiquement et de bien le chauffer pour que la vie à bord pendant la nuit arctique soit confortable.  


La cathédrale arctique vue du pont de Cérès

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françoise senac
23/10/2016 18:45:30
bonjour
Bonjour à vous deux ,quel beau voyage je fais avec vos photos ,profitez bien et prenez soin de vous
1 Nbre d'éléments en tout
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